Les boissons sucrées sont-elles encore en vogue en Algérie ? Découvrez les chiffres clés et plongez-vous dans les enjeux de ce marché en pleine mutation.

3 517 millions de litres d’eaux et boissons sucrées ont été consommés en Algérie en 2022, dont 2 544,2 millions de litres vendus en magasins1, ce qui représente une croissance de 2,6 %. Valeur totale 373.9 Milliards DZD.

Les eaux et boissons sucrées non alcoolisées devraient enregistrer une bonne performance en termes de valeur au détail en 23 ; cependant, la majeure partie de cette croissance est tirée par la hausse des prix et la croissance des volumes est beaucoup plus modérée.

A noter également, des formats en poudre à reconstituer ou des concentrés à diluer soi-même : 92,1 équivalents en millions de litres sont vendus en 2022 sous forme de poudres contre 11 équivalents en millions de litres sous forme de concentrés, avec des croissances de l’ordre de 3,44 % ! Ce marché est drivé par les prix attractifs.

Dans le détail, voici les différents volumes consommés : on remarque qu’il se boit plus de soda et jus que d’eau en bouteille, qui représente seulement 37,4 % des volumes de boissons sans alcool. Ceci souligne bien les risques pour la santé dentaires et le surpoids ou l’obésité.

 

 Million litres  off-trade  On-trade  total
 Bottled Water  974,4  270,8   1 245,5
 Carbonates  730,9  354,7  1 085,2
 Concentrates  2,1  0,3  2,4
 Juice  680,4  305,6  986
 RTD Coffee  /  /  /
 RTD Tea  /  /  /
 Energy Drinks  4,3  1,7  6,1
 Sports Drinks  0,7  /  0,7
 Asian Speciality Drinks  /  /  /
 Soft Drinks  2 393,1  933,2  3 326,3

 

Note : Excludes powder concentrates

L'économie algérienne a été touchée par la pandémie de COVID-19, les pénuries, et une crise économique importante : les consommateurs sentent ou voient des menaces sur leurs niveaux de revenu disponible et sont aussi confrontés à la précarité de l'emploi.

En effet, la crise sanitaire a entraîné une flambée du taux de chômage dans le pays, avec la fermeture de nombreuses entreprises. En raison des difficultés économiques persistantes, qui ne devraient pas se redresser de sitôt, les consommateurs sont de plus en plus sensibles aux prix et se tournent vers des marques économiques moins chères.

Les tendances clés du marché

La demande d’eaux et de boissons sucrées est soutenue par la concurrence car la production locale se développe et développe de nouveaux produits.

Lentement mais sûrement, la tendance santé et bien-être gagne du terrain en Algérie. Le sucre est montré du doigt, même s’il est encore profondément ancré dans les préférences gustatives nationales. La pandémie a accru les inquiétudes des consommateurs en matière de santé et, par conséquent, ils cherchent de plus en plus à éviter le sucre et les édulcorants artificiels et optent pour des variantes plus saines de boissons gazeuses, de jus et d'autres boissons non alcoolisées.

Quelques chiffres2 :

  • Algérie = 7e importateur mondial de sucre avec 1,53 millions de tonnes en 20173
  • Le sucre était subventionné par l’état jusqu’en 2021.
  • Grosse augmentation de consommation du sucre durant le mois de Ramadan (boissons sucrées)
  • En 10 ans, le nombre de diabétiques a doublé en Algérie, passant de 2,8 millions en 2010 à plus de 5 millions en 2019 (11,2 % de la population 2019). (Vs France 3,5 millions soit 5,3 % de la population 2021)

Cependant, il existe des niveaux importants de déclassement en raison du ralentissement économique dans le pays, qui a réduit les revenus disponibles et encouragé des dépenses plus prudentes parmi les consommateurs.

A l’occasion du salon international de l’industrie de la boisson et des aliments liquides (BEVALG4), le président de l’Association des producteurs algériens de boissons (APAB), Ali Hamani, a déclaré à Jeune indépendant « Nous avons commencé à réduire le taux de sucre dans nos boissons depuis 2016 », et les producteurs se sont engagés à peu à peu réduire le sucre jusqu’à 105 g/litre. Bien sûr, l’organisation discute avec le Ministre du Commerce sur la méthode de calcul de ce sucre et les dénominations légales qui en découlent. Une réunion technique est en préparation afin de modifier les lois sur ce sujet, lois qui sont attendues en juin et novembre 2023.

Le paysage concurrentiel

Les produits nationaux ont continué de dominer le marché des boissons sucrées en 2022 grâce au développement de l'industrie locale, ainsi qu'aux politiques commerciales protectionnistes de l'Algérie. Les marques importées, qui sont perçues comme étant de haute qualité, ont rencontré de sérieux problèmes économiques, notamment des prix prohibitifs en raison de la dévaluation du dinar et du manque de disponibilité. Les fabricants locaux ont investi dans l'innovation produits et mis à jour leurs offres en fonction de l'évolution des tendances de consommation. Ils ont également bénéficié des restrictions sur les importations et ont donc continué à gagner du terrain et à bénéficier d'une forte notoriété auprès des consommateurs locaux.

Parts de marché des leaders

  • Ibrahim & Fils Ifri : 17,3%
  • Hamoud Boualem SpA : 6,4%
  • SGEM Société Guedila des Eaux Minérales SARL : 5,5%
  • Fruital Coca-Cola SARL : 5,3%
  • Groupe Castel Algérie : 5,2%
  • ABC Atlas Bottling Corp : 4%
  • N'gaous Conserves SpA : 3,8%
  • Cevital SpA : 3,4%
  • AquaSim : 3,3%
  • Source Taberkachent : 3,3%
  • Nestlé Waters NCA Rouiba SpA : 3,2%

Le premier acteur en 2022 était Ibrahim & Fils Ifri avec ses offres d'eau en bouteille, de boissons gazeuses et fruitées. L'entreprise a l'avantage d'être établie de longue date et d'avoir de capacités de production fortes comparées à celles des concurrents. Un autre acteur local, Hamoud Boualem, s'est classé deuxième, également avec des offres d'eau en bouteille, de boissons gazeuses et fruitées.

Développement du commerce de détail

Malgré la menace posée par la pandémie de COVID-19, il n'y a pas eu d'évolution significative vers le commerce électronique en Algérie et le canal reste insignifiant dans la distribution d’eaux et de boissons non alcoolisées en 2022, les consommateurs continuant de préférer faire leurs courses en magasin plutôt qu'en ligne. La distribution de boissons non alcoolisées via des épiceries modernes continue de s'améliorer en Algérie, avec de nouveaux supermarchés et d'autres hypermarchés fréquemment ouverts dans les quartiers d'Alger et d'autres grandes villes. Néanmoins, la majeure partie des ventes (63 %) se fait dans les petits débits de quartiers qui proposent des boissons fraîches prêts à consommer.

Principaux points de ventes5

  • Grocery Retailers : 99,3% 
  • Supermarkets : 30,7%
  • Hypermarkets : 4,2%
  • Food/drink/tobacco : 2%
  • Small Local Grocers : 62,4%
  • Vending 0,3%
  • Retail E-Commerce 0,4%

Particularité nord-africaine, les principaux points de vente des boissons restent en direct avec des petits débits dans lesquels on peut trouver directement des boissons fraîches : plus de 62 % des boissons y sont achetées pour une consommation immédiate. Au contraire, le commerce en distance n’a que très peu de place (< 1 %).

Répartition entre la restauration et la vente au détail

Alors que le marché de la restauration hors foyer algérienne a rouvert et que les restrictions pandémiques ont été levées, les ventes de services de restauration ont connu une reprise dans presque toutes les catégories de boissons non alcoolisées.

Capable à nouveau de dîner dans les établissements de restauration, il est probable qu'il y aura une importante demande pour boissons des Algériens qui ont envie de ressortir à nouveau. Moins à la maison, plus à l’extérieur : voici l’orientation prévue pour les prochains mois, à condition que les moyens économiques des Algériens ne se dévaluent.


Quel avenir pour les boissons sucrées ?

Les perspectives des boissons non alcoolisées en Algérie sont positives sur la période de prévision (2022-2027), même si la croissance en valeur constante (1,1 %) devrait être inférieure à celle de la période considérée, car les retombées économiques de la pandémie et la crise internationale continueront d'affecter le pouvoir d'achat dans le pays. L'inflation croissante et la poursuite de la dévaluation de la monnaie locale conduiront à l'avenir à des niveaux élevés de sensibilité aux prix à la consommation.

Les consommateurs sont susceptibles de consommer plus fréquemment des boissons à l'extérieur de leur domicile à mesure que l'industrie de la restauration se redresse au cours de la période de prévision, et les acteurs devraient pénétrer la restauration avec des offres en vrac plus importantes pour augmenter leurs ventes en volume.

Les marques continueront à innover pour des produits moins sucrés, ou avec des avantages nutritionnels supplémentaires, car la tendance santé et bien-être continuera d'influencer les consommateurs.

Conclusions

Les eaux et les boissons sucrées sont très appréciées des consommateurs algériens, même si la pression du sucre sur la santé globale (diabète, surpoids) ou dentaire est très forte. La menace de ce marché reste essentiellement économique, tant le pouvoir d’achat des Algériens que la pression des prix du verre, du PET, du plastique ou de certains composants des boissons (arômes, fruits, etc.)

L’avenir sera aux entreprises les plus agiles qui sauveront leurs marges et leurs parts de marché grâce à l’innovation respectant l’accessibilité produits. Elles trouveront sur Djazagro des solutions ingrédients et process pour mieux adapter leurs gammes aux aspirations des nouvelles générations.

Article rédigé par NutriMarketing pour le salon Djazagro

Sources :

  • 1 Euromonitor international from official statistics, trade associations, trade press, company research, store checks, trade interviews, trade sources
  • 2Données présentées à la conférence « tendances sucre » de Béatrice de Reynal à Djazagro 2022
  • 3Association internationale du sucre (ISO)
  • 4Mars 2023 à Alger
  • 5Euromonitor 2022
  • 6Algex, Association des producteurs algériens de boissons APAB, Jeune Indépendant Mars 2023